lundi 28 février 2011

Annie Girardot La magnifique, Nous deux, 15 mars 2011


Annie Girardot

La magnifique !

En 1998, notre journaliste David Lelait-Helo rencontrait Annie Girardot pour Nous deux. Un rendez-vous qu’il n’a jamais oublié.  Tandis qu’elle nous a quittés le 28 février, il se souvient…

Bouleversée et bouleversante…
Cet été 1998, je me rendais chez son agent artistique interviewer Annie Girardot. Avec cette appréhension qui vous file les mains moites et la bouche pâteuse… Je n’ai alors que 26 ans, mais je sais quelle grande dame du cinéma elle est. J’ai dans la tête et au cœur de nombreuses images.... Son indéfinissable gouaille dans les films d’Audiard, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais elle cause puis Elle cause plus, elle flingue, son interprétation passionnée de Gabrielle Russier dans Mourir d’aimer, sa déchirante dignité dans Docteur Françoise Gailland. Tandis que j’approche du lieu de rendez-vous, je repense à cette soirée des Césars vraiment pas comme les autres, deux ans plus tôt : tailleur noir parsemée de figures géométriques blanches, parure de bijoux sertis de strass, ça ne lui ressemblait guère… « Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma ? A moi, le cinéma français a manqué follement, éperdument, douloureusement… Votre témoignage, votre amour, me montre que, peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte» avait-elle lancé, yeux baissés, baignés de larmes. C’est cette femme vibrante, bouleversée et bouleversante, que je vais rencontrer…

Ces yeux-là vous attrapent pour ne plus vous lâcher…
Interviewer une actrice est un exercice souvent périlleux. Habituée à composer, elle ne se donne pas facilement. Elle tergiverse, joue les coquettes ou les fausses modestes. La femme qui s’avance, petite, mince, si fragile, au bord de se rompre, est tout l’inverse. Celle-ci n’est pas une joueuse, elle est ! Ces yeux-là vous attrapent pour ne plus vous lâcher… Une heure et demi passe sans que l’on se lâche, ni des yeux ni du cœur. Elle est en retard, s’excuse, blague, m’étreint. On ne se connaît pas, et alors ? Elle n’a pas eu le temps de déjeuner, une soupe hiophilisée suffira. Un distributeur crache sa poudre, son eau chaude, et Annie Girardot feint de se régaler. Pas de chichi ! Quelle actrice avalerait pareille décoction ? Aucune ! Je suis le énième journaliste d’une carrière longue comme un jour sans pain, pourtant à cet instant, je suis le seul. La main sur le cœur, elle évoque Renato, le père de sa fille, son « bonhomme » comme elle dit, celui de vertigineux bonheurs, de chagrins abyssaux. Des larmes dans les yeux, ses mains maigres et veinées papillonnant autour d’elle, elle redonne vie à sa maman, une sage-femme comme il n’en existe plus, une « femme courage ». Je suis émerveillé.

Une femme en urgence, en détresse, en amour…
Quel regard portez-vous sur votre carrière ? osai-je. Aucun ! s’emporte-t-elle. Le passé, les souvenirs, la gloire, elle s’en fout. Et dire que deux ans plus tard, elle commencerait à perdre des bribes de sa vie, le fil de ses souvenirs, jusqu’à un jour oublier qu’elle fut actrice, la plus grande. Avant de nous quitter, nous évoquons L’âge de braise, son dernier film tourné au Canada, l’histoire d’une femme qui chemine vers la mort. Je lui apprends sa prochaine sortie en France. Elle l’ignorait, me saute au cou en pleurant, me tutoie soudain… « Si tu savais comme je suis contente, ça va me faire des petits sous » me dit-elle. C’est cela Annie Girardot, une femme en urgence, en détresse, en amour. Je me souviendrai longtemps de vous…

David Lelait-Helo

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